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Entretien avec Matteo, à propos de Marina et de Venise

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Extrait de Marina T.2, Zidrou et Matteo, Dargaud


En complément de notre article sur Marina T.2 dans Zoo été 2014, nous vous proposons un entretien avec le dessinateur italien Matteo.
 

Comment vous êtes-vous retrouvé à travailler avec Zidrou sur cette série historique qui se déroule en partie à Venise ?

Avec Zidrou on avait déjà travaillé sur une autre série, publiée par Dupuis, qui s'appelle Protecto. On avait encore envie de travailler ensemble et Zidrou m'a demandé s'il y avait quelque chose que j'avais envie de dessiner. Moi, je lui ai répondu que j'aurais voulu dessiner l'histoire d'une jeune fille à Venise pendant le XIVe siècle, avec des bateaux, des pirates, etc. Zidrou était d'accord, on a proposé le projet à Dargaud et... voilà, on s'est vite embarqués dans cette magnifique aventure !

Etes vous vénitien ou y vivez-vous ? Zidrou est-il venu sur place en repérage, pour élaborer le scénario avec vous ?

Oui, j'habite à Venise et Zidrou vient ici de temps en temps pour respirer l'air de la lagune et pour s'inspirer. On discute un peu de ce qu'on a envie de raconter et on se fait des grandes balades. Après, c'est lui qui s'occupe du scénario, et moi je lui donne un coup de main avec mes recherches historiques.

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Extrait de Marina T.2, Zidrou et Matteo, Dargaud


Votre dessin évoque un peu, par son élégance, la beauté des décors et des personnages féminins, celui de Milo Manara. Est il une de vos réfèrences ?

Eh bien, merci ! Naturellement, je suis très content de cette comparaison. J'essaie de dessiner les décors de la façon la plus proche possible de la réalité historique. J'ai en plus une formation d'architecte et le dessin des décors se nourrit peut-être de mon ancienne passion pour l'architecture. Les personnages féminins me passionnent beaucoup eux aussi, mais j'essaie de dessiner tous les personnages avec la même application. Et pour revenir à Milo Manara, oui, il a été un des auteurs que j'ai étudié, surtout au début de ma carrière, quand j'essayais tout le temps, de "démonter" le travail des grands auteurs pour comprendre comment faire. Mais pas seulement lui. J'ai fait la même chose aussi avec des tas d'autres auteurs : Moebius, Hugo Pratt, Attilio Micheluzzi, Alberto Breccia... et je pourrais continuer !

Sombre et cruelle, l'histoire contraste avec le côté "carte postale" de Venise. Avez-vous lu les autres livres consacrés à cette ville unique (Venise céleste de Moebius ; Giacomo de Dufaux ; le dernier Taniguchi pour Vuitton) ? Qu'en pensez vous ?

Cette histoire est un hommage à Venise, à cette ville magnifique que j'adore et où j'ai la chance d'habiter depuis 26 ans. J'essaie alors d'éviter les clichés sur Venise qui n'ont rien à voir avec la ville réelle. C'est aussi pour ça qu'avec Zidrou on a choisi une époque assez peu connue pour Venise : le XIVe siècle. C'est une époque très fascinante mais en même temps très dûre et qui nous donne la possibilité de montrer une Venise historique très éloignée de la "carte postale" qu'on peut parfois imaginer. Oui, naturellement je connais et j'aime beaucoup les interprétations de Venise de Moebius, celle de Griffo et Dufaux et celle de Taniguchi. Mais dans ce cas, pour Marina, je me suis un peu isolé en cherchant ma propre vision de Venise.

L’album est dédié à Andrea Pazienza, qui n’est pas très connu en France. Pouvez-vous nous le présenter ?

Vous avez remarqué Andrea Pazienza et ça me fait beaucoup plaisir. Andrea Pazienza a été un des plus importants auteurs de fumetti, il a été une espèce de météore, il a travaillé de 1978 jusqu'à 1988 quand il est mort à 32 ans (voir un aperçu de son travail ici). Moi, comme la plupart des dessinateurs italiens de ma génération, je suis un grand fan de Pazienza depuis toujours. Il était un magnifique scénariste et un dessinateur énorme (Hugo Pratt, Milo Manara et beaucoup d'autres étaient ses fans). Il pouvait changer de style plusieurs fois dans la même histoire. Mais ses récits étaient très liés au contexte social et culturel italien. Il est pratiquement inconnu à l'étranger. Voilà, c'est un petit hommage à l’un de mes maîtres.

Propos recueillis par JEAN-PHILIPPE RENOUX



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