ZOO numero 26 est disponible

Un numéro de 60 pages qui consacre un épais dossier à la bande dessinée asiatique avec notamment Pandora Hearts, Bakuman, Ikigami, Otomen, Kan Takahama.

Également au sommaire, un entretien avec René Hausman, pour Le Chat qui courait sur les toits, un autre avec Philippe Luguy pour Percevan, ainsi que plusieurs focus sur le meilleur de l'actualité BD : Wounded, Under, La Vedette, The Last Days of American Crime, Hollywood...

Sans oublier nos traditionnelles rubriques, nos strips et nos planches.

Expendables Unite Speciale : du muscle et de la bonne humeur

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Très attendu derrière la caméra, depuis son retour gagnant avec Rocky Balboa et John Rambo, Sylvester Stallone, notre idole 80s, a su s’entourer d’une équipe de mâles pour un film d’action jouissif.

Un casting qui ferait rêver n’importe quel producteur : Sylvester Stallone, Jason Statham, Bruce Willis, Mickey Rourke, Jet Li, Dolph Lundgren et même Schwarzie. Alors évidemment, Bruce Willis et Schwarzie ne font qu’une petite apparition, mais elle est tellement drôle. Elle prouve à tous que ces 3 anciennes stars des années 80 sont parfaitement conscients que leur gloire est derrière eux, mais autant en rire ! C’est ce second degré qui permet à Expendables de donner tout son piquant aux scènes d’action. A la manière d’un Tarantino avec Kill Bill, Stallone n’hésite pas à déverser des litres d’hémoglobine à chaque combat. On le sent un peu nostalgique des effets pyrotechniques des cascades d’antan, d’où des explosions et des destructions de masses dantesques. En ces temps de crise, ça fait du bien ! Stallone et sa bande de « salopards » envahissent donc un pays sud américain, où un dictateur corrompu par le méchant Eric Roberts fait régner la terreur. Les scénarios les plus simples sont parfois les plus efficaces. Avec Expendables, le spectateur a envie de s’amuser, il est servi. Il ira se triturer joyeusement le cerveau avec Inception ! Ici tout n’est qu’action, humour, et franche camaraderie. Sly n’oublie pas de donner de la profondeur à certains de ses personnages, histoire de montrer que si les héros sont fatigués, ils ont toujours un cœur et des valeurs.

On soulignera la performance de Jason Statham, toujours aussi viril et sexy. Il forme un duo efficace avec Stallone, qui n’a rien perdu de son physique impressionnant à 64 ans ! Ex-fan des eighties et des  nineties vos années folles sont de retour, n’en perdez pas une miette !

Louisa Amara

Expendables unité spéciale de et avec Sylvester Stallone

Et avec Jason Statham, Jet Li, Dolph Lundgren, Eric Roberts, Mickey Rourke…

Sortie le 18 août 2010

Au nanar Balthazar ?

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Après avoir accouché des affreux Benjamin Gates, Nicolas Cage et Jon Turteltaub refont équipe dans L’Apprenti sorcier. Tous aux abris ? Pas nécessairement.

Ces dernières années, la filmographie de Nicolas Cage s’enfonçait dans les tréfonds du nanar. Avec des entrées comme Next et Bangkok Dangerous dont la nullité nanardeuse était proportionnelle au degré d’exubérance des compléments capillaires de la star, on avait un peu perdu espoir, surtout après l’abominable Prédictions d’Alex Proyas aux relents insidieusement scientologues. Puis Cage est revenu en force ce premier semestre avec Kick-Ass, adaptation burnée du comics éponyme de Mark Millar et Bad Lieutenant, étrange polar lancinant de Werner Herzog. Il va sans dire que, connaissant les antécédents de l’acteur et ses penchants pour la carrière en dents de scie, on redoutait après ces deux films singulier que « Nico la moumoute », son alter ego friand de purges, reprenne la main en collaborant à nouveau avec le producteur qui a fait de lui un action man : Jerry Bruckheimer.

Les craintes se confirment dès le prologue ridicule de L’Apprenti sorcier narrant la lutte ancestrale entre les sorciers disciples de Merlin et les dissidents de la fée Morgane. Heureusement, l’intérêt croît dès que le récit pose ses valises dans le New York contemporain en calant son pas sur la dramaturgie du passage à l’âge adulte d’un binoclard scientifique mal aimé et incompris. Le rôle titre du film plutôt bien campé par le gringalet Jay Baruchel. Le divertissement s’avère bien évidemment balisé et la longueur d’avance (minimum) sur une histoire un brin con-con est de mise. Bizarrement, le plaisir que l’on peut retirer de L’Apprenti Sorcier se situe plutôt dans ses à-côtés : on pense notamment à un morceau de bravoure bien ficelé avec un dragon géant dans le Chinatown en liesse, Nicolas Cage dont le cabotinage trouve là un terrain de jeu idéal, Alfred Molina digne en méchant Horvath ou encore le bras droit de ce dernier, impayable caricature des magiciens poseurs à la David Copperfield. À l’opposé, l’agacement devant l’hommage / passage obligé au numéro mythique de L’apprenti sorcier dans Fantasia est légitime tant il empeste le cahier des charges. D’autant qu’il  ralentit stupidement une intrigue qui n’aurait jamais dû dépasser les 90 minutes. Et l’on concèdera que la musique du film est proprement insupportable. Malgré ces deux réserves de taille, L'Apprenti sorcier demeure un divertissement correct de par la sensation légère de plaisir qui émerge à la sortie de la salle. Ce plaisir que l’on dit coupable.  


L'Apprenti sorcier de Jon Turteltaub
Avec Nicolas Cage, Jay Baruchel, Alfred Molina, Monica Bellucci.

Sortie le 11 août

Interview de Rene Hausman version longue (Zoo 26)

René Hausman est un grand dessinateur ; un fabuliste de génie capable comme personne de donner vie au petit peuple et aux chimères. Son dernier album, Le chat qui courait sur les toits, habilement scénarisé par Rodrigue, prouve que les contes sont des passerelles entre les âges et les cultures.

Comment vous est venue cette passion pour le dessin ?

Enfant, j'ai été bercé par les aventures de Max und Moritz de Wilhelm Busch. J'étais fasciné aussi par l'univers d'Arthur Rackham qui rentrait en résonance avec les histoires que me racontait ma grand-mère. Ensuite, pendant mes années de pensionnat, j'ai gardé sous mon pupitre un cahier de dessin, hors de la vue des frères. J'y recopiais des personnages de Calvo sur des pages entières... Un jour, l'un des religieux a remarqué mon cahier. Au lieu de me réprimander, il a glissé une icône de Saint-Antoine de Padoue et a annoté au crayon un encouragement aussi simple qu'efficace : « Félicitation, continuez ! ». Je n'en revenais pas... J'ai fait la connaissance de Macherot en 1953 à l'age de dix-huit ans, il en avait trente. À cette époque, il travaillait sur Chlorophylle. J'étais admiratif de la souplesse de son trait et de sa rapidité. Sur ses recommandations, le journal Tintin a édité mes deux premières illustrations.

Racontez-moi vos débuts à Spirou.

Plus tard, j'ai eu l'occasion de rencontrer Charles Dupuis qui m'a intégré à la rédaction de Spirou. Les relations y étaient basées sur l'échange. Même un débutant, comme je l'étais à cette époque, pouvait être écouté et convaincre. Lors du printemps 1958, à la veille de l'exposition universelle à Bruxelles, nous avons organisé une grande réunion de rédaction pendant laquelle nous avons élaboré le sommaire de ce numéro exceptionnel. Les idées fusaient dans tous les sens, et puis il a été suggéré d'employer une encre spéciale sur la couverture, parfumée au muguet. Au milieu de cette effervescence, au milieu de Roba, Peyo, Tillieux, Franquin et Morris, on m'a demandé mon avis ! Après quelques hésitations, j'ai proposé de faire un dépliant en page centrale sur la renaissance de la nature. C'est à partir de là qu'est né le bestiaire de Spirou que j'ai tenu jusqu'en 1973. Au début, je m'évertuais à représenter de façon très fouillée, minutieuse, les animaux de mon bestiaire. Je dessinais moi-même les trames de demi-teintes. J'avais mis au point ma propre technique pour mes illustrations animalières : je rehaussais mes lavis par des hachures et par un cerné noir. Ma technique s'est libérée au contact des autres. Je n'imaginais pas que mon travail puisse inspirer quelqu'un comme Franquin. Pourtant, mes recherches lui ont donné des idées pour ses dégradés ; associé à sa science du geste, le résultat était remarquable. J'étais très fier d'être assimilé par les autres de cette façon-là. C'était l'une des heureuses conséquences du brassage que permettait la rédaction de Spirou. Cette proximité m'a fait énormément progresser. C'est grâce à cela aussi que j'ai découvert les travaux de Jiri Trnka, de Charles Bragg et de Frank Frazetta qui ont eu tous les trois une influence certaine sur mon travail.

 

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Predators : les monstres en plus, la sauvagerie en moins

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La fête nationale sera également celle du genre humain devenu une nouvelle fois le gibier préféré du tueur extraterrestre aux rastas. Predators annonçait un retour aux sources de la brutalité…pour un résultat bof.

Si l’Alien imaginé par Giger pour les besoins de la saga éponyme demeure incontestablement l’extraterrestre le plus violent et malsain jamais croisé dans un cinéma au cours des trente dernières années, le dénommé Predator ne se situe pas très loin derrière. Il ne doit pas démériter car, au contraire de Cameron, Fincher ou Jeunet qui ont tous su enrichir chacun à leur manière le mythe de l’endoparasite xénomorphe apparu chez Ridley Scott, Predator puise sa dimension culte essentiellement dans le premier film avec Arnold Schwarzenegger. Il faut reconnaître que son réalisateur John McTiernan avait su exploiter au maximum le potentiel de ce survival  : une unité de lieu –un huis-clos dans la jungle amazonienne dense et moite- et des guerriers ex-Bérets verts pourchassés par une menace inconnue et invisible les décimant un à un pour une montée en puissance dans la violence la plus barbare et primitive. Que le(s) meilleur(s) gagne(nt).

Le fusil plasma vissé à l’épaule, l’armure caméléon, le scan thermique et sa collection de trophées macabres figurent parmi les attributs du monstre à l’origine de sa renommée. L’engouement fut tel que le chasseur impitoyable extraterrestre sortit de son médium d’origine et fit l’objet de quelques novellisations (confidentielles), d’invitations diverses et variées dans des comic books (dont l’excellent Batman vs Predator de Dave Gibbons) et de jeux vidéo comme Alien vs Predator. Ce dernier cas est assez problématique : le pugilat sur consoles fut délectable, les deux films produits à partir de ce crossover catastrophiques. Au point de ridiculiser durablement ces franchises de monstres entrées dans la culture populaire.

Predators tente le retour aux sources avec le parti-pris plutôt alléchant de rentrer directement dans le bain : pas de longues séquences d’exposition, encore moins de mise en contexte. Sept hommes et une femme ne se connaissant ni d’Eve ni d’Adam se retrouvent parachutés dans une jungle hostile. (Presque) tous partagent un point commun : la mort est leur métier. Cartel de Tijuana, sniper du Mossad, boucher d’une république bananière centrafricaine, mercenaire sans pitié ou psychopathe violeur en série, les présentations de ce « sympathique » échantillon d’enfoirés du genre humain se font en pleine action musclée. Certes, les fans les plus intransigeants estimeront que le réalisateur Nimród Antal se contente de régurgiter mollement les bases de McTiernan. Pourtant l'entrée en matière est intéressante et l’envie d’y croire domine. D’autant que Predators sème quelques graines de nouveauté (un conflit fratricide entre deux races de Predators entre autres)… Avant de tout laisser en plan à mi-parcours.

Parler de bâclage est un doux euphémisme pour affirmer qu’Antal passe complètement à côté de ses promesses de sauvagerie dans la deuxième partie et ne va finalement nulle part. Pire, le –s dans Predators a beau annoncer la quantité, la diffusion grandissante de la peur si rondement menée chez McTiernan est aux abonnés absents ici. Quoi de plus normal lorsqu’il n’est pas fichu de développer un minimum l’élite sanguinaire du clan humain avec des interactions artificielles et une épaisseur de bois d’écorce ? Au final, Predators s’avère être une suite assez digne du légendaire premier film pendant 45 minutes. Dommage qu’il dure une heure de plus…

Julien Foussereau

Predators de Nimród Antal

Avec Adrien Brody, Topher Grace, Danny Trejo, Laurence Fishburne, Walton Goggins

Sortie le 14 juillet