La fête nationale sera également celle du genre humain devenu une
nouvelle fois le gibier préféré du tueur extraterrestre aux rastas. Predators
annonçait un retour aux sources de la brutalité…pour un résultat bof.
Si l’Alien imaginé par Giger pour
les besoins de la saga éponyme demeure incontestablement l’extraterrestre le
plus violent et malsain jamais croisé dans un cinéma au cours des trente
dernières années, le dénommé Predator ne se situe pas très loin derrière. Il ne
doit pas démériter car, au contraire de Cameron, Fincher ou Jeunet qui ont tous
su enrichir chacun à leur manière le mythe de l’endoparasite xénomorphe apparu
chez Ridley Scott, Predator puise sa dimension culte essentiellement dans le
premier film avec Arnold Schwarzenegger. Il faut reconnaître que son
réalisateur John McTiernan avait su exploiter au maximum le potentiel de ce survival : une unité de lieu –un
huis-clos dans la jungle amazonienne dense et moite- et des guerriers ex-Bérets
verts pourchassés par une menace inconnue et invisible les décimant un à un pour
une montée en puissance dans la violence la plus barbare et primitive. Que
le(s) meilleur(s) gagne(nt).
Le fusil plasma vissé à l’épaule,
l’armure caméléon, le scan thermique et sa collection de trophées macabres figurent
parmi les attributs du monstre à l’origine de sa renommée. L’engouement fut tel
que le chasseur impitoyable extraterrestre sortit de son médium d’origine et
fit l’objet de quelques novellisations (confidentielles), d’invitations
diverses et variées dans des comic books (dont l’excellent Batman vs Predator de Dave Gibbons) et de jeux vidéo comme Alien vs Predator. Ce dernier cas est
assez problématique : le pugilat sur consoles fut délectable, les deux films
produits à partir de ce crossover
catastrophiques. Au point de ridiculiser durablement ces franchises de monstres
entrées dans la culture populaire.
Predators tente le retour aux sources avec le parti-pris plutôt
alléchant de rentrer directement dans le bain : pas de longues séquences
d’exposition, encore moins de mise en contexte. Sept hommes et une femme ne se
connaissant ni d’Eve ni d’Adam se retrouvent parachutés dans une jungle
hostile. (Presque) tous partagent un point commun : la mort est leur
métier. Cartel de Tijuana, sniper du Mossad, boucher d’une république bananière
centrafricaine, mercenaire sans pitié ou psychopathe violeur en série, les
présentations de ce « sympathique » échantillon d’enfoirés du genre
humain se font en pleine action musclée. Certes, les fans les plus intransigeants estimeront que le
réalisateur Nimród Antal se contente de régurgiter mollement les bases
de
McTiernan. Pourtant l'entrée en matière est intéressante et l’envie d’y
croire domine. D’autant que Predators sème quelques graines de nouveauté
(un conflit fratricide entre deux races de Predators entre autres)… Avant de
tout laisser en plan à mi-parcours.
Parler de bâclage est un doux
euphémisme pour affirmer qu’Antal passe complètement à côté de ses promesses de
sauvagerie dans la deuxième partie et ne va finalement nulle part. Pire, le –s
dans Predators a beau annoncer la
quantité, la diffusion grandissante de la peur si rondement menée chez
McTiernan est aux abonnés absents ici. Quoi de plus normal lorsqu’il n’est pas
fichu de développer un minimum l’élite sanguinaire du clan humain avec des
interactions artificielles et une épaisseur de bois d’écorce ? Au final, Predators s’avère être une suite assez
digne du légendaire premier film pendant 45 minutes. Dommage qu’il dure une
heure de plus…
Julien Foussereau
Predators de Nimród Antal
Avec Adrien Brody, Topher Grace, Danny Trejo, Laurence Fishburne,
Walton Goggins
Sortie le 14 juillet