The Dark Knight Rises : Critique
Christopher Nolan boucle son histoire de Batman avec un nouveau chapitre très ambitieux, qui navigue sur les mêmes qualités et les mêmes défauts que les deux précédents opus. Point faible habituel des films de Nolan, les personnages féminins sont particulièrement ratés dans The Dark Knight Rises. Si Anne Hathaway est très bien en Selina Kyle, elle est desservie par une histoire qui la relègue constamment au rang de figurante. Son costume, sans aucune personnalité, réduit considérablement le charisme de la femme chat, qui n’est d’ailleurs pas une seule fois nommée Catwoman. Hathaway en est donc réduite à lever la patte pour donner un peu de mordant au rôle. Bien plus grave, la présence de Marion Cotillard, qui incarne laborieusement une intrigante sans envergure, écrite à la truelle.
On notera avec amusement que la première heure du film enchaîne les mini remakes de certains moments mémorables de Batman Returns (le bal chez Max Schrek, l’antre du Pingouin dans les égouts…). Tout cela joue en défaveur du réalisateur, même si celui-ci parvient peu à peu à s’éloigner du chef-d’œuvre de Tim Burton. Pour mieux retomber dans ses travers habituels : le réalisme à tout prix, le discours politique lourdingue et le rythme au ralenti. The Dark Knight Rises est long, très long, juste scandé par la musique tonitruante et prise de tête de Hans Zimmer (vous aurez le fameux « poooinnn poooiiinn ! » dans les oreilles pendant plusieurs heures après la fin du métrage). A force de délayer les enjeux, Nolan finit même par ruiner certaines idées essentielles, voir pour cela le sort lamentable réservé à Bane.
Le film est-il donc un gros ratage ? Non, pas du tout. Il a les mêmes qualités et les mêmes défauts que les deux précédents. Visuellement c’est un sans faute et les personnages masculins sont globalement excellents. C’est moins l’histoire de Batman que celle de John Blake, incarné par James Gordon Levitt, le chouchou de Nolan. Blake a nettement plus de temps de présence à l’écran que Bruce Wayne et lui vole rapidement la vedette. Pour qui a déjà ouvert un Comics, la révélation finale ne sera en rien une surprise. C’est aussi un des écueils du film, quasi totalement prévisible pour qui connaît l’univers. Mais c’est souvent inévitable dans ce genre d’adaptation. Alfred, le Commissaire Gordon, Bane et Bruce Wayne ont tous de très bonnes scènes et bénéficient du jeu d’excellents acteurs. Par sa seule voix déformée, Tom Hardy incarne un Bane exceptionnel.
Les scènes d’action sont peu nombreuses et reposent avant tout sur des poursuites en véhicules motorisés. Rien de très mémorable, mais elles demeurent efficaces. Pour le reste, Nolan sait toujours bien filmer le monde urbain et emballe quelques beaux plans iconiques. Il parvient surtout à boucler la boucle et son « run », comme on dit pour les Comics. L’ensemble de sa trilogie tient debout, en tant que point de vue intéressant sur le monde de Batman. Bien sûr, la fin laisse la porte grande ouverte à d’autres suites, Warner ne perd pas le nord. Mais elle s’avère satisfaisante et même assez exaltante. Cinq minutes grandioses au terme de 2h45, est-ce suffisant ? C’est déjà pas mal. Cela permet facilement à The Dark Knight Rises de se hisser dans le haut du panier des films de super-héros. Par rapport à une production Marvel, c’est évidemment mille fois supérieur. C’est du cinéma clinquant, froid, cérébral et paradoxalement creux. Du grand spectacle de qualité, rien de plus, rien de moins. Pour beaucoup d’entre nous c’est déjà amplement suffisant.
Ed Wood
The Dark Knight Rises de Christopher Nolan
Avec Christian Bale, Tom Hardy, Anne Hathaway, Joseph Gordon-Levitt, Michael Caine, Morgan Freeman
2h45 / Warner Bros
Sortie le 25 juillet

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